Un village à l’heure chinoise

Le Val-de-Travers était, jusqu’au XXe siècle, l’un des principaux axes traversant l’Europe d’est en ouest. Cela permit à la région de bénéficier de liaisons régulières avec l’extérieur. Cette ouverture au monde a favorisé le goût du voyage des habitants de la région, tout en facilitant l’exportation de la production locale. Et c’est justement d’un voyageur qu’est née la fabuleuse histoire de la montre chinoise.

En 1818, à l’âge de 21 ans, Edouard Bovet embarque de Londres pour Canton, en Chine. Le jeune horloger fleurisan emporte avec lui quatre montres de poche, qu’il vend à prix d’or dès son arrivée. Il ouvre ainsi les portes de l’empire à l’horlogerie fleurisanne, sans se douter de l’impact que cela aura pour son village. Le gigantesque marché chinois est très demandeur et de nombreux ateliers fonctionnent à plein régime pour livrer les frères Bovet. Leur succès incitera d’autres maisons à installer leurs bureaux à Shanghai et à Canton…

Alors que le village comptait moins de 200 horlogers en 1800, on recense plus de 2000 personnes actives dans le secteur en 1900. Sur la même période, la population fleurisanne passe de 800 habitants à plus de 3300!

Les deux font la paire

Les montres «chinoises» étaient vendues par paires, conformément à une tradition chinoise d’offrir des cadeaux en double exemplaire. La petite histoire apporte, quant à elle, une explication plus prosaïque à ce particularisme culturel: dans un pays dépourvu de clochers et donc de garde-temps de référence, le fait de posséder deux montres permettait, lorsque l’une s’était arrêtée faute d’être remontée, de retrouver l’heure juste grâce à sa jumelle…