Abram Borel-Jaquet

Initiateur de l’industrie des outils horlogers dans le Val-de-Travers

« ABRAM BOREL JAQUET tout paitri d’Industrie, Etablit des Compas et divers Instrumens, Pour perfectionner par eux l’horlogerie ; Il ne borne point là son Art et ses Talens, Il donne en bon Mari une part de sa VIE, À peupler sa Maison d’un bon nombre d’Enfans. »

Composé en l’honneur de l’horloger de Côte-Bertin et encadrant le blason familial, ce sizain savoureux résonne au sein d’un riche cartouche Louis XV. Quel singulier portrait d’atelier, traité à la manière d’une « conversation piece » ! Élégamment vêtu, le sieur Borel-Jaquet siège à une table où reposent différentes pièces d’outillage pour la fabrication de la montre, dont un tour en l’air, un tour à pivoter et un outil à replanter. À l’établi, son apprenti perché sur un tabouret à vis manie l’archet d’un tour à pivoter de pendulier. Les outils exposés sur la boiserie lui faisant face sont aussi destinés à la pendulerie : compas, pinces, scie, équerre et limes.

Né à Plancemont en 1731, pendulier de son état, Abram Borel-Jaquet a dans un premier temps fabriqué des outils pour son usage personnel. Travaillant à leur perfectionnement, il en fournit bientôt à ses confrères et développa, suivi par ses fils, une industrie qui allait se révéler florissante durant plus d’un siècle, avec Couvet pour centre de production. Reconnus pour leur bienfacture et leurs finitions soignées, les outils de précision des mécaniciens covassons étaient exportés en Suisse ainsi qu’à l’étranger.

Borel-Jaquet bénéficia certainement des conseils de son ami d’enfance Ferdinand Berthoud qui, menant à Paris la brillante carrière que l’on sait, conçut également d’innovantes machines et d’ingénieux outils.

C’est au dessinateur Jean-Jacques Berthoud (1711-1784), frère de Ferdinand et précepteur des enfants Borel-Jaquet, que l’on doit ce portrait de 1773, de même qu’un autre, où le maître de maison est représenté en compagnie de son épouse, leurs nombreux enfants et l’artiste lui-même. Les dessins originaux, réalisés à la plume, demeurent introuvables de nos jours. Quelque aimable lecteur aurait-il la bonté de nous apporter ses lumières ?

Par Ariane Maradan