Bien plus qu’une montre

Les sportifs connaissent tous la technologie de Polar

Polar est le leader mondial dans le domaine du « smart coaching » pour ceux qui pratiquent un sport d’endurance. La succursale de Fleurier regroupe des ingénieurs et des spécialistes des appareils destinés aux chevaux.

C’est un professeur de l’Université de Oulu, en Finlande, qui a eu l’idée de faire un appareil permettant de déterminer la fréquence cardiaque instantanée. Le cardiofréquencemètre a été développé en collaboration avec la Fédération finlandaise de ski de fond. Face à la demande, la société Polar Electro a été créée en 1977 pour assurer la production et la commercialisation du produit. Pionnier dans ce secteur, Polar en reste aujourd’hui le leader mondial, malgré la concurrence accrue. L’appareil sert à tous ceux qui pratiquent des sports d’endurance comme la course à pied, le cyclisme ou le ski de fond, où il est nécessaire de planifier son entraînement pour augmenter ses capacités. Il s’agit de trouver les bonnes zones de fréquence cardiaque d’entraînement, celles où le corps ne fabrique pas trop d’acide lactique.

Dans le Val-de-Travers, Jean-Pierre Baumann a conçu un premier cardiofréquencemètre dès 1983. Il a été rejoint en 1985 par Jacques Haldi, aujourd’hui directeur de la succursale Polar de Fleurier. Leur innovation dans le « smart coaching » était plurielle. Le sportif portait une ceinture thoracique effectuant des mesures grâce à deux électrodes. Un boîtier intégré faisait l’interface avec un ordinateur où un logiciel spécial traitait l’information. L’intelligence était donc dans la ceinture au lieu d’être dans la montre. Et la transmission a été codée pour éliminer un problème. « Quand on était plusieurs à porter le système ou qu’un train passait, par exemple, la fréquence était perturbée et les données affichées étaient faussées », explique Jacques Haldi.

Lorsque Polar a racheté Baumann & Haldi SA en 1995, les cinq personnes qui travaillaient au Val-de-Travers ont obtenu trois ans de contrat garantis. Vingt-et-un ans plus tard, Jean-Pierre Baumann poursuit ses recherches de son côté mais Jacques Haldi est toujours dans la maison. C’est le responsable mondial de la marque pour la mesure de la fréquence cardiaque chez les chevaux. « Le principe est le même que pour les hommes, détaille-t-il. Les animaux portent une ceinture avec capteurs et les résultats sont affichés sur la montre du cavalier ». Pour les profanes, l’idée peut faire sourire, mais cette technologie a permis de comprendre comment réagissent les chevaux, qui sont eux aussi des athlètes. Le directeur de la succursale fleurisanne utilise volontiers cette comparaison : « c’est comme le compte-tours sur une voiture. On reste dans une zone acceptable sans trop pousser le moteur pour éviter la casse ».

Polar ne fabrique pas que des montres spéciales pour les athlètes. Les gens qui veulent savoir s’ils bougent suffisamment dans une journée peuvent se référer à un bracelet qui, en plus de donner l’heure, affiche la dépense énergétique liée à leur activité. La marque vient aussi de sortir une montre connectée. Et Polar continue à innover. Fleurier est un de ses trois pôles de recherche et développement dans le monde. La proximité avec le CSEM (Centre suisse d’électronique et de microtechnique), l’EPFL et l’EPFZ n’y est pas étrangère. Dix ingénieurs travaillent au Vallon. « Depuis deux ans, précise Jacques Haldi, nous pouvons nous passer de la ceinture thoracique. La mesure de la fréquence cardiaque se fait par lecture optique. Un dispositif placé sous la montre lit le débit du sang ».

Par Marylise Saillard