Homme d’affaires

Jean Ferner, tout l’art de la truculence au service de la discrétion

Pour garder le secret, rien de mieux qu’un coffre-fort. À rencontrer Jean Ferner, on peut en douter au premier abord.

C’est un personnage, ce Chaux-de-Fonnier depuis toujours. Tout d’abord photographe, il a vite rejoint son père dans le commerce de coffres-forts en 1957. Et à ce métier sérieux, il a adjoint des compléments étonnants: des activités d’illusionniste, de prestidigitateur, voire de manipulateur. Enfin, certainement, il a des capacités à faire disparaître des têtes, escamoter des pièces d’argent et pratiquer l’usage des boniments. Il faut l’entendre déclamer, d’un trait, la promotion du schmilblick, appareil totalement inutile, imaginé par Pierre Dac, et le voir présenter cet instrument qu’il a réalisé et pieusement conservé depuis plus de cinquante ans. Alors oui, cela ne l’a pas empêché de devenir Monsieur Coffre-fort dans nos régions horlogères si promptes à protéger les montres, à mettre au secret des méthodes de travail, des recettes techniques, à protéger des convoitises l’or des boîtes de montres et les sommes d’argent nécessaires au commerce, voire à dissimuler des armes, ou encore des passions moins avouables.

Les coffres du Crêt-du-Locle ne s’ouvrent qu’à la demande de leur propriétaire, pas par les cambrioleurs. Leurs fixations au mur ou au sol leur garantissent de rester en place. Pas besoin de faire de la publicité, les voleurs bredouilles s’en chargent.

Avec toutes ces années d’activité, les modes changent, les grands coffres ont maintenant cédé la place aux chambres fortes assemblées sur place ; les coffres anciens bien rénovés, toujours reconnus fiables, sont depuis peu délaissés pour des plus petits qui se logent discrètement dans des maisons privées.

Et les paillettes du music-hall ? Oubliées ? Que nenni ! Lorsque notre homme souhaite se divertir, il bondit à Paris pour la tournée des grands-ducs : repas fins, théâtre, cabaret pendant trois jours avant de retrouver son grand bâtiment entre Le Locle et La Chaux-de-Fonds.

Pas pressé d’arrêter, Monsieur Ferner ? « Ah non ! Si j’arrête, je suis foutu ». À propos, comment s’appelle votre métier ? « Homme d’affaires, car Ferner, plus il vend, plus il perd  ! Mais il se rattrape sur la quantité... ».

Par Benoît Conrath