La gomme-laque

Une matière étonnante

Imaginez un produit dur et inaltérable quand il est froid, qui devient mou chauffé à 80°C, qui fond à 120°C et qui se dissout dans l’alcool à brûler. Drôle de chose ? Et pourtant des dizaines de tonnes de gomme-laque sont récoltées annuellement.

Venue des Indes, la gomme-laque, sécrétion d’une cochenille, est recueillie sur les branches de certains arbres. Ses propriétés étonnantes la rendent utile dans des peintures, des vernis et si les instruments de musique, les meubles, gardent un si beau lustre, c’est bien grâce à sa stabilité inaltérable. Dissoute dans l’alcool, elle est étendue sur leur surface avec un chiffon, elle peut être retouchée et corrigée. C’est le fameux vernis tampon. Elle a permis la réalisation des premiers disques de gramophone. Nous la retrouvons aussi sur les fruits bien brillants, sur certains bonbons voire sur des capsules de médicaments.

En horlogerie, la gomme-laque est utilisée dans toutes les montres mécaniques pour maintenir les palettes en rubis des ancres et pour faire tenir des composants à polir sur les posages. Avec sa faculté de se ramollir, elle permet d’ajuster finement la position des levées dans les ancres. C’est le rôle de l’acheveur, un métier dont le nom invite déjà à un respect prudent. Mais ce travail est moins radical qu’il n’y paraît car il faut parfois reprendre l’achevage.

C’est un désastre pour les apprentis s’ils se trompent de benzinier : croyant nettoyer l’ancre, ils la trempent dans l’alcool et la retrouvent avec ses bras vides. Reste à regommer les palettes. Une erreur qu’on ne commet qu’une fois.

Par Benoît Conrath