La mécanique artistique d’une guillocheuse

Tracer avec régularité un beau guilloché sur des cadrans, jouer avec les différents aspects de leur surface, c’est l’art de Carmen Zaugg

Elle a appris le métier de couturière à La Chauxde-Fonds. Très vite, tous lui disaient qu’elle n’était pas faite pour cela, trop lente et trop appliquée, et qu’elle ne pourrait donc pas en vivre. Peu importe, quand Carmen Zaugg commence quelque chose, elle le finit, dit-elle comme une évidence.

Son CFC obtenu, et forte de sa formation manuelle, habituée à manier l’aiguille, elle commence le guillochage des cadrans. Sans aucune connaissance mécanique, elle se penche sur des machines de 60 ans ou plus. Elle apprend patiemment à travailler des matières comme le laiton puis l’argent, l’or, voire la nacre. Elle manie le tour à guillocher et cette machine étonnamment nommée « ligne droite » qui sert, entre autres, à faire des lignes ondulées. Autodidacte, ce métier ne s’enseignant plus depuis longtemps, avec l’aide des mécaniciens elle apprend comment affûter les burins, comment faire parler les cames, les chariots et les outils.

Ces antiques machines sont encore pleines de mystères pour elle. Toujours en éveil, elle cherche à comprendre ce que peuvent dessiner sur du laiton les différentes cames. Tout l’inspire, elle s’essaie même à reproduire des effets de lumière comme ceux traversant les portes vitrées de l’atelier Voutilainen, son lieu de travail.

Elle jongle avec des motifs aux noms imagés comme Grain d’orge, Clous de Paris, Soleil, Tissu et même Grille d’égout vite renommé Panier. Avec une belle passion, elle montre l’infinie variété de ces décors et l’implacable rigueur dont elle doit faire preuve apparaît vite. Chaque modification de réglage ou d’outils trouble presque irrémédiablement la régularité des entrelacs qu’elle construit soigneusement.

En la voyant assise face à sa machine, ne lâchant pas des yeux le copeau de métal qu’elle découpe à la surface du cadran d’un délicat mouvement de manivelle, on peut se dire que Carmen est loin de mettre en pratique la phrase articulée peu avant : « Si on n’aime plus son métier, on en change ».

Par Benoît Conrath