Le contrat d’apprentissage

Transmettre sans retenue aucune

Le transfert de compétences et connaissances par le maître doit permettre à l’apprenti d’acquérir dextérité et intelligence dans la pratique de son métier et lui donner les moyens de gagner sa vie. Pour autant que cela se fasse de manière éclairée.

La convention reproduite ici fut établie à Couvet le 27 juillet 1735, entre Samuel Petitpierre, horloger, et François-Louis Borel, architecte, pour la formation en horlogerie du fils de ce dernier, Jacob. Passée devant le notaire Borel du Brey en présence des témoins Jeanjaquet père et fils, elle stipule que le maître, Petitpierre, « montrera, enseignera & aprendra ladite profession audit Jacob & toutes les sciences & secrets qui en dépendent, fidellement come il faut & ainsy que bon maitre doit le faire, sans luy cacher ny receler quoy que ce soit, en sorte qu’au bout dudit terme & apres l’aprentissage finy ledit Jacob puisse être savant & éxpert ».

Maître et apprenti ont des droits et devoirs respectifs. Parmi ceux-ci, citons pour le premier : formation, enseignement, éducation, protection et entretien (le novice est nourri, logé et blanchi par son père de substitution) ; et pour le second : respect, obéissance, application, honnêteté et loyauté, etc.

Alors que l’enseignant s’engage à délivrer son savoir dans les moindres détails, l’élève est tenu au secret et à la confidentialité quant aux activités de l’atelier et à la vie privée de la maisonnée. Au sein de l’espace clos et familial de l’atelier, la transmission, qui contribue également à l’évolution du métier, s’opère par la parole et le geste, associant théorie et pratique. L’apprenti écoute, observe, reproduit puis répète les gestes du maître, tendant à acquérir les fameux tours de main.

Rappelons que l’un des premiers grands maîtres horlogers à partager généreusement ses connaissances, à dispenser son expérience et à diffuser de façon remarquable son savoir-faire fut Ferdinand Berthoud (Plancemont 1727-1807 Groslay), par l’édition de ses nombreux écrits mettant à la portée de chacun l’art de l’horlogerie.

Sources: Estelle Fallet et Alain Cortat. Apprendre l’horlogerie dans les Montagnes neuchâteloises, 1740-1810. Institut l’homme et le temps, La Chaux-de-Fonds, 200

Par Ariane Maradan