Le pied à coulisse

Un prix s’oublie vite… seule la qualité reste !

Aujourd’hui comme hier, les outils de mesure sont des objets chers, précieux et toujours soignés.

Le pied à coulisse est le premier outil de mesure que va manipuler l’apprenti. La relation entre l’appareil et son utilisateur est vite nouée. Implacable, l’outil va prendre les dimensions, souligner les cotes qui ne baissent pas assez vite à la lime, relever les dixièmes perdus en trop copieux copeaux, rappeler que la face limée n’est pas encore plate et encore moins parallèle à l’autre, et que les tolérances sont bien faibles pour les futurs mécaniciens et horlogers. Mais c’est aussi le premier objet à soigner, à ne pas poser en vrac, un bel instrument qui a été payé cher et qui va devenir petit à petit le compagnon de tous les instants autour de l’établi. Les fabricants ne s’y trompent pas en offrant aux écoles et aux centres de formation, en début d’année, de substantielles réductions sur leurs appareils.

Aujourd’hui le pied à coulisse s’est adapté, il a abandonné le vernier, ingénieux dispositif permettant de visualiser les décimales du millimètre, pour être doté d’abord d’un cadran et maintenant d’un affichage numérique permettant une remise à zéro à tout moment. Il a même été totalement reconstruit à l’envers pour les gauchers irréductibles. Dans les usines sérieuses, il est contrôlé par les collègues de la métrologie, quitte à être rejeté impitoyablement. Alors beaucoup regrettent encore la fin de la fabrication des instruments Roch à Rolle, avec leur belle boîte où figure en bonne place ce slogan, justifié bien avant qu’il ne soit prononcé par des tontons flingueurs pour un autre type d’instruments servant parfois à prendre des mesures plus radicales.

Par Benoît Conrath