Le secret dans le monde horloger en 2017

Évoquer ce thème met parfois mal à l’aise

Certaines entreprises horlogères du Val-de-Travers nous ont envoyé une fin de non-recevoir. D’autres ont bien voulu nous répondre, parlant davantage de discrétion et de confidentialité que de secret.

« Nous ne communiquons pas sur les questions stratégiques ». « Nous avons une volonté de confidentialité qui concerne à la fois nos activités d'innovation, de développement et de production. Notre objectif est la protection de l'image de nos clients, seuls habilités à communiquer sur leur circuit d'approvisionnement et leur produit ». Si nous doutions encore de l’existence ou de la persistance de la culture du secret dans le monde de l’horlogerie, cette enquête nous a vite apporté la confirmation qu’il ne s’agit pas d’un concept imaginaire ou dépassé. Dans ce paysage, quelques entreprises ont tout de même accepté de nous expliquer leurs pratiques. Elles évoquent souvent l’importance du contrôle de l’accès à leurs bâtiments, la protection liée aux dépôts de brevets.

Chez Parmigiani Fleurier, outre les mentions qui figurent dans les contrats de travail, l’accent est mis sur « un équilibre sain avec les collaborateurs à travers un respect mutuel ». Les responsables de la marque estiment que la transparence est axée sur le savoir-faire du pôle horloger et l’excellence des produits. Ils précisent encore que « le secret, quand il s’agit de savoir-faire, est la garantie de pérennité de la fonction, de la technique et de la chose. Les secrets de fabrication sont fondamentaux et nécessaires pour la vie de l’entreprise ».

Les grandes complications et les innovations développées par Bovet Fleurier « demandent la plus grande confidentialité, eu égard aux exigences de sa clientèle ». L’entreprise dit « protéger sa singularité pour le plaisir de ses collectionneurs, et là réside peut-être son secret ».

Vaucher Manufacture Fleurier fabrique des mouvements mécaniques et des montres haut de gamme. L’entreprise, qui fait la promotion de ses savoir-faire, ouvre volontiers ses portes. En sa qualité de sous-traitant elle ne cible pas le grand public mais les choses sont en train de changer ; des démarches dans ce sens ont déjà été initiées. Dans certains secteurs, les collaborateurs sont informés sur le côté sensible des données auxquelles ils ont accès. «Nous faisons appel à leur bon sens et cela fonctionne », précise Takahiro Hamaguchi, directeur Production et Développement. « Confidentialité ne veut pas dire secret. […] La confidentialité est une obligation envers l’entreprise et le client alors que le secret est une notion passéiste qui est contraire à la pérennité. Nous préférons parler de talent, de l’alchimie qui intervient entre des personnes qui détiennent des savoir-faire et les font jouer ensemble. L’enjeu véritable réside dans la transmission. […] La mentalité du secret a quelque chose de sournois qui ne profite pas à l’entreprise».

Kari Voutilainen, qui a créé l’entreprise du même nom, reconnaît que les nouveaux projets et les clients sont des données sensibles. Il y a une mention sur la confidentialité dans le contrat de ses employés, mais le patron leur fait confiance et n’a jamais été trahi jusqu’à présent. Les habitudes de communication interne à la société n’y sont probablement pas étrangères. « Quand on partage les nouveaux développements dans l’atelier, on évite facilement les problèmes. C’est en discutant ensemble que les idées naissent. Notre fonctionnement est l’inverse de ce qui se fait dans l’industrie où le bureau technique est top secret ». Quand on évoque la technique et les secrets de fabrication qui peuvent y être liés, voici ce que dit Kari Voutilainen : « Nous n’avons pas de secrets, nous partageons et nous montrons avec plaisir ; les cimetières sont remplis de secrets ». Marylise Saillard

Par Marylise Saillard