Un maillon indispensable

Spécialiste connu et reconnu de l’outillage

Prototypes, créations sur mesure ou productions en série, l’entreprise Slick est spécialisée dans la fabrication d’outils horlogers. Elle est unique au Val-de-Travers et même loin à la ronde.

« Ce nom, on ne sait pas trop d’où il vient. La marque existe depuis longtemps et je n’ai pas voulu la changer en 1988 quand j’ai racheté la société alors basée aux Grattes, au-dessus de Rochefort. À l’époque, ce n’était qu’un petit atelier de mécanique horlogère ». Joaquin Navarro travaillait auparavant chez Dubied. Mécanicien de précision de métier, il était devenu tricoteur. Quand l’entreprise de Couvet disparaît, il casse sa tirelire et se lance. Il rapatrie immédiatement l’activité de Slick à Fleurier. Cherchant des locaux au Val-de-Travers, il trouve un petit atelier à louer dans le bâtiment situé au numéro un de la rue des Sugits. Rapidement à l’étroit, Slick s’installe rue du Sapin. Onze ans plus tard, retour dans le bâtiment de la rue des Sugits, que Joaquin Navarro achète aux enchères.

« Nous avons désormais 700 m2 dédiés à notre activité professionnelle, sur plusieurs étages ». Entre le coin montage, la partie fabrication, la pièce dédiée au contrôle qualité, l’espace de stockage de la matière première, l’endroit où sont exposés les outils et enfin les bureaux, il vaut mieux être accompagné pour s’y retrouver dans ce dédale. « Nous ne produisons que de l’outillage horloger, contrairement à d’autres, rien n’est destiné aux milieux dentaire et automobile. Nos clients sont essentiellement des grandes marques horlogères et des grossistes. Nous ne faisons pas de vente aux particuliers, même si parfois des personnes qui ont juste besoin d’un tournevis sonnent à la porte ».

La gamme de produits est très large. Le patron précise qu’il n’y a que deux ou trois entreprises en Suisse à avoir un aussi grand choix. « Ce qu’on fait le plus, ce sont les porte-mouvements. Il y a aussi les potences, les tournevis, les étaux, les mandrins, les leviers, les pique-huile… Nos produits à nous sont estampillés Slick, nous les gravons au laser. Pour les autres, c’est le nom du grossiste ou de la marque qui est inscrit, mais c’est bien fabriqué ici ». Quand on demande à Joaquin Navarro quelle quantité d’outils est créée dans son entreprise chaque année, il sourit et répond qu’il ne s’est jamais posé la question. Il précise que, contrairement à d’autres, il a toujours du travail. « Je n’ai jamais chômé un seul jour et je n’ai jamais licencié personne. Mais c’est aussi parce que, quand ça allait moins bien, je faisais des efforts pour garder tout le personnel ». Dans la fabrication d’outils aussi il y a des périodes de pointe, par exemple avant le salon horloger Baselworld. « Il m’est arrivé de travailler quatre jours et quatre nuits d’affilée, sans dormir, pour tenir les délais ».

Le métier est très spécifique. Quand un nouveau collaborateur est embauché, même s’il est diplômé « il faut tout lui apprendre ». La petite équipe semble très soudée. « Nous sommes comme une famille. L’employé qui est arrivé le plus récemment est tout de même là depuis dix ans ». Cette spécialisation est reconnue par les clients. Lorsqu’ils sont confrontés à un problème, il leur arrive de demander de l’aide pour profiter des connaissances et de l’expérience de la société Slick. Ensemble, ils inventent l’outil idéal, comme celui qui sert à déchasser une pièce ou chasser une aiguille. Joaquin Navarro n’en dira pas davantage. Il ressent beaucoup de fierté de travailler pour les grandes marques suisses mais  la discrétion fait aussi la renommée de l’entreprise.

Par Marylise Saillard